Egypte : Des femmes victimes d’agressions sexuelles

Graffiti de Mohamed Mahmoud

Graffiti de Mohamed Mahmoud

Le film Les femmes du bus 678 de Mohamed Diab est un drame surprenant de réalisme. Il raconte l’histoire de trois femmes qui, victimes d’abus sexuels, s’unissent pour combattre ces violences faites aux femmes au Caire. Un combat quotidien est mené, de l’intérieur des bus jusqu’à chez elles. Ce drame traite de l’humiliation que connaissent chaque jour ces femmes. Les caractères de ces trois personnages s’opposent, ce qui montre qu’aucune femme n’est à l’abri de ces prédateurs, quelque soit leur âge, leur statut social ou leur tenue vestimentaire.

Ce phénomène est tabou en Egypte. Les victimes ont encore énormément de mal à s’imposer en tant que telles. Les lois sont plus clémentes pour des agressions sexuelles plutôt que physiques. Certaines femmes préfèrent ou doivent se taire pour conserver la réputation de toute une famille. La place Tahrir est malheureusement connue pour ses nombreuses agressions faites aux femmes par des regroupements d’hommes organisés dont certains n’hésitent pas à s’armer de couteaux pour déchirer les vêtements des victimes. Le 25 janvier, les égyptiens fêtaient le deuxième anniversaire de la révolution égyptienne qui a fait tomber le dictateur Hosni Moubarak. Cette seule journée a compté 19 agressions sexuelles. Caroline Sinz, journaliste à France 3, a été victime d’agression sexuelle sur cette même place. « Nous [son caméraman et elle] avons alors été agressés par une foule d’hommes. J’ai été tabassée par une meute de jeunes et d’adultes qui ont arraché mes vêtements ». Les attouchements qu’elle a subis sont « à la définition du viol ». « Quelques personnes ont essayé de venir m’aider sans y parvenir. J’étais lynchée. Cela a duré environ trois quarts d’heure jusqu’à ce qu’on puisse m’extraire. J’ai cru que j’allais mourir », a-t-elle ajoutée.

egypte : manifs abus sexuels

Aujourd’hui, ce que veulent surtout ces femmes courageuses, c’est que justice soit faite. Le pays utilise le mot « harcèlement » plutôt qu’ « agression » ce que déplore une femme du Mouvement de Défense des droits des femmes « Baheya ya Masr ». De nombreuses manifestions contre ces violences ont été organisées durant ces derniers mois et, même lors de ces événements, de nouveaux prédateurs sexuels se sont attaqués à ces femmes.

La discrimination est consciente. Plusieurs partis politiques refusent l’égalité des droits entre hommes et femmes. Le gouvernement a parlé d’instaurer des sanctions plus lourdes en cas de viol mais ne parle pas des agressions sexuelles. Les autorités demandent aux plaignantes « Que faisais-tu à Tahrir? Comment étais-tu habillée? A quelle heure y es-tu allée? ». Dans les mœurs de ces monstres assoiffés de sexe et de violence, ils n’hésitent pas à clamer haut et fort que les femmes sont provocantes, qu’elles cherchent à être touchées et qu’elles « aiment ça ». Des membres du Sénat, dominés par des islamistes, responsabilisent les victimes en leur faisant entendre qu’elles ont cherchés ce qui leur est arrivé, « elles savent qu’elles vont au milieu de voyous ». La société et son gouvernement ne changeront pas tant que le déni, l’inaction voire la complicité seront tolérés.

 

egupte 3

Lilas-Apollonia Fournier

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